top of page

ART, ÉMOTION ET CERVEAU

  • Photo du rédacteur: CLUB ALZHEIMER UNIVERSAL
    CLUB ALZHEIMER UNIVERSAL
  • il y a 10 minutes
  • 3 min de lecture

Le Pr Dubois a donné une conférence intitulée « Art et cerveau » au cercle de l’Union Interalliée, organisée par l’association « Les Conversations du Cercle ». Il y explore une question fascinante : que se passe-t-il dans notre cerveau lorsque nous contemplons une œuvre d’art ? Comment et pourquoi l’apprécions-nous ? Ces interrogations lui sont venues lorsqu’on lui a demandé de choisir une œuvre du peintre Zao Wou-Ki pour le catalogue raisonné de son œuvre, actuellement en préparation.


Le vent pousse la mer - Zao Wou-ki, 2004
Le vent pousse la mer - Zao Wou-ki, 2004

Voici le tableau qu’il a choisi, nous a-t-il expliqué. Il le trouve beau. Mais le serait-il trouvé par quiconque ? Ou bien est-ce le contact régulier avec les œuvres de cette période de l’abstraction lyrique et la fréquentation de ce peintre qui lui ont appris à l’apprécier ? L’éducation comme un prérequis obligé.


Et pourtant, nous apprécions les sculptures de l’art premier, en dehors de toute connaissance ou référence culturelle spécifique. Peut-être alors que toutes les formes d’expression renvoient à une permanence du beau, indépendante de tout processus culturel. Ce serait alors la propriété essentielle de l’œuvre de rentrer en résonance avec une composante propre du fonctionnement du cerveau humain d’être sensible à la beauté. Ce qui revient à poser la question d’un cerveau préprogrammé pour reconnaître le beau dans toute chose, dans les objets ou les réalisations de la nature qui nous environnent…


Pour comprendre ce qui se passe dans le cerveau quand nous voyons une œuvre d’art, il faut décrire les principales étapes de son cheminement. Perçue par l’œil, l’image est transférée par les voies optiques vers les aires visuelles du cerveau pour y être décomposée en quelques millisecondes dans ses composantes de base : couleur, forme, relief, mouvement etc. C’est toute une chaîne de traitements parallèles qui va permettre la production d’une image mentale. Ce n’est pas l’œil qui voit, c’est le cerveau. L’image reconstruite progresse ensuite vers les aires d’identification et de reconnaissance de la région temporale. Car si le cerveau perçoit, il cherche de façon automatique à donner un sens à ce qui est perçu.


L’œuvre d’art va pouvoir ensuite déclencher deux types d’émotion selon la démarche que l’artiste aura choisi.


  • l’émotion esthétique : c’est une émotion plastique, visuelle, liée au réseau neuronal impliqué dans la perception du beau. C’est alors une rencontre entre une Å“uvre, produite par le cerveau de l’artiste selon des lois de l’esthétique et sa perception par le cerveau du spectateur. L’expérience subjective de beauté peut être objectivement mesurée. Les activations cérébrales en IRMf ont été étudiées chez des sujets au cours de la présentation de tableaux. Parmi toutes les aires actives, il en est une seule, située dans le cortex orbitofrontal médian qui n’est activée que par les Å“uvres considérées comme les plus belles. Il y a donc une région du cerveau impliquée dans la reconnaissance de la beauté. Mais l’artiste peut vouloir échapper au diktat de la beauté et rechercher, comme Francis Bacon ou Lucian Freud, un choc visuel stimulant nos centres émotionnels, en particulier l’amygdale cérébrale, par d’autres sensations que celle de la beauté classique ou idéale.


  • l’émotion cognitive : c’est une émotion d’une autre nature, liée à l’activation du réseau neuronal impliqué dans l’analyse cognitive ou dans le sens. Et c’est Duchamp qui a ouvert la voie avec « l’urinoir ». L’œuvre d’art répond à un tout autre projet : celui de représenter un état du monde, une réalité dont l’artiste veut témoigner, parfois sous la forme d’une révolte voire d’une rupture avec les canons de l’époque. Il inscrit son projet dans le registre de la connaissance et du signifiant. C’est alors une émotion d’ordre cognitif qu’il cherche à provoquer. L’artiste sollicite le spectateur en lui demandant de comprendre la signification de l’œuvre quand elle exprime un concept, un engagement, un symbole, un contre-pied ou une incongruité. L’analyse sollicite maintenant les aires cérébrales du traitement cognitif, situées dans une autre région du cortex préfrontal.


Pour conclure, l’Art, doit-il parler au cœur ou parler à la raison ? En réalité, ce débat n’a pas de raison d’être. L’art parle toujours au cerveau, en suivant 2 trajectoires possibles, différentes mais non exclusives :


  • celle de l’expérience esthétique qui vient stimuler la région frontale médiane émotionnelle, comme par exemple, quand Botticelli nous conduit vers une forme d’extase visuelle ;


  • ou celle de l’analyse cognitive qui va plutôt stimuler la région frontale du cerveau raisonneur, comme par exemple, quand Boltanski nous présente un mur de boite de biscuits, évoquant les murs d’un crématorium, chaque boîte portant une plaque gravée d’un numéro qui rappelle les matricules attribués aux déportés à leur arrivée dans les camps.


L’œuvre d’art parle donc au cerveau et en bout de course, au lobe frontal, partie la plus récente et la plus développée chez l’homme. L’appréciation d’une œuvre d’art est donc une faculté propre à l’homme.



  • alt.text.label.LinkedIn
  • alt.text.label.Facebook
  • Youtube
  • Instagram

© 2024 par Alzheimer Universal

bottom of page